L’état du Doubs ne s’est pas amélioré!

Article écrit pour le Bulletin Vert

Un an après la grande manifestation qui a eu lieu à Goumois en mai dernier, la mauvaise qualité des eaux du Doubs est loin de s’être améliorée. Si les autorités semblent avoir réagi de part et d’autre de la frontière en lançant de nombreuses études, les poissons continuent de mourir en masse par manque d’actions concrètes.

Pour rappel, un millier de manifestants, surtout des citoyens suisses et français, avaient clamé leur mécontentement le 14 mai 2011 suite à de nombreux épisodes qui avaient mis en lumière l’état déplorable dans lequel se trouve la rivière du Doubs. Quelques mois plus tard, le WWF, Pro Natura et la Fédération Suisse de Pêche avaient déposé une plainte contre la Suisse et la France auprès du Conseil de l’Europe. Les associations accusent les deux pays de laxisme dans la gestion de la rivière dans laquelle vit le Roi du Doubs, ce poisson symbolique qui est actuellement menacé de disparition.

Depuis, le Doubs a disparu de la Une de l’actualité. Avec l’arrivée du printemps, et avec elle la réapparition des problèmes visibles comme la mort des alevins par centaines sur les rives mises à sec après les éclusées, la rivière refait parler d’elle. Malheureusement, on a l’impression que la situation n’a pas évolué d’un cheveu depuis l’année dernière.

Pourtant, les administrations suisses et françaises ont entendu les revendications des manifestants et ont, chacune à leur manière, pris des « mesures ». Par « mesures », il faut surtout comprendre que de nombreuses études ont été amorcées et, pour certaines d’entre elles, les résultats sont tombés durant l’hiver.

Ainsi, le canton du Jura a été le premier à rendre public en décembre 2011 les résultats de l’étude menée sur son territoire. Rien de nouveau sous le soleil : les éclusées  – c’est à dire les importantes différences de débit engendrées par le turbinage des trois ouvrages hydroélectriques que sont les barrages du Châtelot, du Refrain et de la Goule – ainsi que les obstacles à la migration des poissons et la qualité de l’eau sont responsables de la situation. Au registre des mesures proposées, on peut citer la limitation de l’impact des éclusées grâce à une meilleure gestion de ces dernières en collaboration avec les exploitants, l’amélioration des possibilités de migration pour les poissons et un meilleur monitoring de la qualité des eaux. Mais on attend toujours la mise en place de ces mesures.

C’est ensuite le groupe transfrontalier composé des autorités suisses et françaises qui a présenté les résultats de son étude, dans les grandes lignes similaires à ceux de l’étude jurassienne bien que plus développés. On y mentionne par exemple le rôle des micropolluants dans la mauvaise qualité de l’eau, ce qui remet en cause le bon fonctionnement des STEP des localités proches du Doubs.

Une deuxième étude donc, qui a notamment débouché sur la création de deux groupes de travail franco-suisses : un pour la qualité des eaux et l’autre pour la gestion des débits. Ces derniers, composés de représentants des niveaux cantonaux et fédéraux du côté suisse et régionaux du côté français n’ont pas été élargis aux associations qui, les premières, avaient mis le doigt sur la problématique – à l’exception de la Fédération Suisse de Pêche qui a été invitée à un seul de ces groupes. Les discussions vont donc bon train, mais on attend toujours des mesures concrètes !

Le canton de Neuchâtel a, pour sa part, également lancé une étude dont les résultats ne sont pas encore connus…ou plutôt faudrait-il dire qu’ils n’ont pas encore été publiés, car leur contenu semble déjà très clair.

Une année après le soulèvement citoyen pour la sauvegarde du Doubs, les problèmes, qui étaient déjà connus, ont donc été confirmés par de nombreuses études et les solutions se font toujours attendre. Il est certain que la nature transfrontalière et transcantonale de la rivière ne facilite pas la gestion rapide du dossier. Les Verts, quant à eux, dénoncent régulièrement la situation au niveau communal ou cantonal. A l’image des  autres acteurs, ils peinent pourtant à coordonner leurs efforts et le sujet n’a pas encore trouvé de porte-parole à Berne. De plus, leur absence dans les exécutifs des cantons concernés les laisse en retrait du dossier.

Il ne reste plus qu’à espérer que le printemps 2012 sera le dernier à voir les alevins mourir sur les rives du Doubs et que les nombreuses études menées jusqu’à présent permettront de mettre en œuvre des mesures efficaces permettant de protéger une des dernières rivières relativement naturelle de Suisse.

Photo: Wernain S.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *