Et si Neuchâtel regardait au-delà de ses frontières?

Au 21ème siècle, les frontières sont devenues abstraites et perméables ; les espaces économiques et sociaux se redessinent constamment et ne s’arrêtent plus aux limites cantonales ou nationales. Le territoire neuchâtelois n’échappe pas à cette dynamique. Alors qu’il est périphérique au niveau Suisse, il est central pour l’Arc transfrontalier jurassien. C’est ce rôle-clé qu’il devrait assumer plutôt que de se déchirer en d’inutiles luttes régionalistes. Celles-ci sont nombreuses: hautes écoles, hôpitaux, institutions diverses et mobilité. A chaque fois, le monde politique évoque “l’avenir du canton”. Mais ces guerres internes sont plutôt en train de priver Neuchâtel d’un futur qui pourrait être prometteur.

Le dossier de la mobilité, incarné principalement par le RER et les contournements routiers des villes du Haut, est particulièrement représentatif de ce manque de vision. Les Montagnes réclament des transports publics performants pour rejoindre le Plateau suisse ainsi qu’un désengorgement de leurs centres-villes traversés quotidiennement par des milliers de pendulaires. Si le projet initial de RER prévoit des connexions autant avec la France voisine qu’avec les cantons limitrophes, les débats ne portent pour ainsi dire que sur l’axe La Chaux-de-Fonds – Neuchâtel (TransRUN) qui n’est pourtant qu’une pierre (coûteuse, il est vrai) de l’édifice. La dimension transfrontalière de ce dossier a donc presque été abandonnée. Pire, ce sont les contournements routiers du Locle et de La Chaux-de-Fonds qui ont pris le relais. Un peu de transports publics pour les Chaux-de-Fonniers, un tunnel routier pour les Loclois, et surtout, pas de projets trop aboutis pour ne pas effrayer les habitants du Littoral: voilà la vision du Conseil d’Etat.

En parallèle, le canton réinvente sa fiscalité pour être attractif autant pour les entreprises que pour les personnes physiques. Si on reconnaît que la concurrence fiscale n’est pas souhaitable, on profite du système en attendant des décisions de Berne. Cette problématique n’est pas nouvelle. Après la crise horlogère, le canton a abusé des exonérations fiscales pour attirer de nouvelles entreprises. Le percement du tunnel autoroutier sous la Vue des Alpes a contribué à la reprise économique des Montagnes en permettant à la main d’œuvre d’accéder plus facilement aux entreprises du Haut. Mais il a engendré de nombreux problèmes comme la perte de population résidente dans les Montagnes et un trafic croissant. Aujourd’hui, les Neuchâtelois persistent sur la même voie.

Or, la stagnation démographique de La Chaux-de-Fonds ainsi que la continuelle perte d’habitants du Locle ne devraient pas être oubliées. Le territoire des Montagnes se transforme lentement en zone industrielle vidée de ses habitants, de ses services et de sa qualité de vie et les solutions proposées actuellement ne feront qu’accélérer ce processus. Le canton, en évoquant l‘efficience, centralise de plus en plus de services dans le Bas. Pourtant, il ne faut pas oublier que le Littoral est très bien connecté à plusieurs autres villes d’importance. Ainsi, une trop grande concentration des services en ville de Neuchâtel crée une certaine concurrence avec les autres centres urbains du Plateau.

Les Verts neuchâtelois prônent la cohésion cantonale, mais soulèvent également une réflexion plus large. Selon eux, le canton doit devenir une interface, et pas un carrefour, entre la Suisse et la France, entre Berne et l’Arc lémanique. Il faut créer une région forte et solidaire qui assume, d’une part, un rôle moteur pour l’Arc jurassien et, d’autre part, un lien avec le réseau des villes du Plateau suisse. Ceci permettra la restructuration du canton de manière égalitaire. Pour voir ce projet aboutir, les Verts souhaitent pousser Berne à poursuivre une réflexion sur la redéfinition des régions au niveau national et international.

Clarence Chollet et Fabien Fivaz

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